Alto, cello, violon : pièges à sons…

L'itinéraire d'un luthier peu ordinaire

Alto, cello, violon : pièges à sons… - L'itinéraire d'un luthier peu ordinaire

Comment j’ai eu des centaines de violons Stradivarius entre les mains…

Il y a quelques années, j’ai reçu à l’atelier Monsieur et Madame Grumiaux. Ils avaient un grand sourire à la bouche.

En fait, dit Monsieur Grumiaux, si nous sommes si heureux, c’est parce que nous venons d’hériter de mon père, décédé il y a maintenant plusieurs mois.

Le partage avec mon frère et ma sœur a été un peu compliqué, mais nous avons réussi à nous mettre d’accord :

  • à mon frère, la maison
  • à ma sœur, les actions
  • et moi, j’hérite du stradivarius

Nous voudrions maintenant le vendre. Etes-vous acheteur ?

Je leur explique que je n’ai pas les moyens de m’offrir un tel violon (*), mais je suis très intéressé pour jeter un coup d’œil sur cette merveille.

 

A peine la boîte ouverte, je deviens blême !

Vous ne vous sentez pas bien ?  Tant de beauté vous fait défaillir ?

 

En fait, dans cette boîte, je reconnais un violon comme j’en ai vu des centaines, comme en ont été fabriqués des dizaines de milliers à Mirecourt et dans lequel, à n’en pas douter, il est marqué :

Antonius Stradivarius, Cremonensis Faciebat, Anno 1715

Cet instrument vaut, au plus, dans les 1 000 € !

 

Le cœur serré, je leur raconte que, dans ma jeunesse, à Mirecourt, j’ai moi-même connu l’ouvrier dont le travail consistait à coller toute la journée, à la gomme arabique, ces étiquettes sur les violons que produisait l’usine « Laberte ».

Même si, aujourd’hui, un tel procédé serait jugé délictueux, il n’en n’était pas ainsi à l’époque. On pouvait mettre des étiquettes d’anciens luthiers italiens dans des violons d’usine, et tant pis pour la confusion !

 

Ce n'est pas  un strad non plus...

Ce n’est pas un strad non plus…

 

Monsieur et Madame Grumiaux n’en ont pas cru leurs oreilles. Ils m’ont traité de menteur et de voleur et sont partis en claquant la porte.

 

J’ai eu de leurs nouvelles dernièrement par un collègue parisien. Ils font tous les luthiers de France et de Navarre, qui, chaque fois, leur disent la même chose, en espérant que l’un d’entre eux leur dira, un jour, ce qu’ils veulent entendre…

 

L. zakowsky

 

* Le dernier stradivarius a été vendu à 10 millions d’euros !

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