Alto, cello, violon : pièges à sons…

L'itinéraire d'un luthier peu ordinaire

Alto, cello, violon : pièges à sons… - L'itinéraire d'un luthier peu ordinaire

Le secret des Stradivarius

La semaine dernière, à l’atelier, j’ai été témoin d’une discussion passionnante.

 

Il y avait là Madame Neveu, parent d’élève violoniste, Monsieur Ferras, professeur de violon au conservatoire, Monsieur Primerose, altiste de renom et Madame Dupré, passionnée de lutherie.

 

Ce fut Monsieur Ferras qui parla le premier :

« Je viens de lire, dans la revue « Nature », qu’on a découvert le secret des violons de Stradivarius. Il aurait utilisé des bois ayant poussé, des décennies plus tôt, pendant une mini période glaciaire et qui, de ce fait, auraient acquis des caractéristiques physiques particulières. Cela expliquerait la suprématie de ces violons sur les autres. »

 

« Intéressant, dit Monsieur Primerose, mais peu convainquant. Tous les luthiers de cette époque ont, par principe, utilisé de tels bois, pas plus Stradivarius qu’un autre… Non, la vraie différence entre ces violons et les autres réside dans le vernis.  Dans la revue « Science », je viens de lire qu’on a retrouvé dans celui des Stradivarius des traces de carapaces de crevettes, matériau très riche en silice et qui donne à ce vernis des propriétés acoustiques particulières. »

 

La crevette serait responsable de la sonorité des stradivarius

La crevette serait responsable de la sonorité des stradivarius

 

« Fort bien, dit Madame Dupré, mais, à ce qu’on m’a dit, tous les luthiers utilisaient comme abrasif du « Tripoli de Venise », qui est une poudre faite à partir de carapaces de crustacés. Ceci n’explique donc pas pourquoi les violons de Stradivarius sont meilleurs que les autres. Pour ma part, j’ai vu à la télévision une émission qui proposait tout un tas d’hypothèses scientifiques pour expliquer ce fait : les colles utilisées, le modèle dessiné à partir du nombre d’or ou un produit avec lequel il enduisait ses bois avant de les travailler. »

 

« Et bien, pour ma part, dit Madame Neveu, votre discussion me laisse très perplexe, car j’ai assisté, en septembre dernier, à une expérience menée par la physicienne Claudia Fritz du CNRS. Elle a fait jouer une dizaine de violons, de l’instrument d’étude bon marché (mais efficient) au violon de soliste (entre autre un stradivarius à 10 millions d’euros), par une dizaine de violonistes expérimentés. Cette expérience s’est passée « à l’aveugle », c’est-à-dire que les violonistes n’ont pas su quel instrument ils étaient en train de jouer. On leur a demandé leur préférence après chaque  morceau (toujours le même) sur les différents violons. Les résultats du test firent du bruit dans le monde de la lutherie et plus généralement de la musique ! Non seulement, ne se dégage aucun consensus (en clair, en croisant les avis des violonistes, aucun violon n’est considéré comme meilleur ou moins bon que les autres). Mais, de surcroît, si on renouvelle la même expérience, une semaine plus tard, les avis de chaque musicien ne concordent pas avec ceux qu’ils ont émis précédemment. »

 

« Et alors, dirent les 3 autres personnes, qu’en déduisez-vous ? »

« J’en déduis, dit Madame Neveu, que, concernant la qualité d’un violon, le point de vue d’un scientifique n’est pas nécessairement le même que celui d’un violoniste, ou d’un luthier qui fabrique et répare ces instruments, ou encore d’un marchand qui est en charge de les vendre. Chacun est légitime dans son domaine, à condition de ne pas chercher caution dans un domaine qui n’est pas le sien. »

« Je ne comprends pas, dit Monsieur Primerose, donnez-nous un exemple ! »

« Hé bien, un scientifique peut faire une expérience sur les violons de Stradivarius, mais à condition de ne pas partir du présupposé que ceux-ci sont meilleurs que les autres avant de faire les dites expériences, même si tout le monde le dit. De la même façon, un violoniste peut trouver que son Stradivarius est le meilleur des violons qu’il ait jamais eu entre les mains, mais, même si beaucoup de gens sont d’accord avec lui, cet avis n’est pas scientifique et reste subjectif. »

 

« Hé bien, dis-je, sur des paroles aussi sages, je ne vois qu’une seule chose à faire : aller au concert et nous régaler, tout simplement… »

 

L. Zakowsky

Catégorie : informatif
  • Coralie a dit :

    « Amen ! » dit l’agnostique ! ;-)

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